Dans la vraie vie…

La plaque indo-australienne dérive vers le Nord-Est à une vitesse de 45 mm/an. Elle entre dans la zone de subduction de Sumatra en faisant un angle d’environ 50° avec la plaque de la Sonde. Il est en effet rare que, « dans la vraie vie », les 2 plaques s’affrontent directement avec un angle de 90° ! On parle alors de convergence “oblique”.

On a observé sur le terrain que l’obliquité se traduisait par l’existence de 2 types de mouvements: celui de la subduction à proprement parler (convergence orthogonale) et une zone de décrochement (pure strike slip sur le schéma).

f3-large
Décomposition de l’obliquité entre une subduction normale et une zone de décrochement

Précisons un peu les choses. Il y a 2 façons d’aller du point de départ à l’arrivée : soit vous traversez la rue à la parisienne (flèche rouge), soit vous décidez de suivre les passages piétons (côté discipliné du personnage à surveiller…) et vous faites successivement le trajet 1 puis 2. Le point d’arrivée reste le même !

obique-sub1
Illustration par Noami Barshi

Si ce schéma vous rappelle un cours de math sur les vecteurs, c’est normal! Vous faites ce que l’on appelle de l’interdisciplinarité ! (et sans le savoir, vous êtes au top de la pédagogie du moment…respect).

Pour en revenir à la zone de subduction de Sumatra, le mouvement global de la plaque indienne peut lui aussi se décomposer en 2 vecteurs orthogonaux : le jaune, parallèle à la zone de subduction et le rouge, perpendiculaire à cette même zone.

map-oblique-subd
Mouvement de la plaque indo-australienne (d’après Meltzner et al., 2012). Illustration par Naomi Barshi.

Le principal chevauchement de la zone de subduction accommode la composante Nord-Est du mouvement c’est-à-dire sa composante orthogonale  (vecteur rouge). C’est cette composante Nord-Est qui provoque les tremblements de terre le long de la zone de subduction.

Durant le tremblement de terre du 26 décembre 2004, la plaque surmontant la zone de subduction a « rebondi » vers le Sud-Ouest au-dessus de la plaque indo-australienne. La figure ci-dessous montre un exemple de modélisation du glissement au cours du séisme. Ce modèle a été élaboré en combinant données GPS et données sismiques. Remarquez que les flèches pointent pratiquement à 90° au-delà de la zone de subduction. La zone de subduction semble donc bien accommoder la composante perpendiculaire du déplacement de la plaque indo-australienne.

obique-sub3bis
Un exemple de modélisation du glissement le long de la frontière de plaque lors du séisme de 2004 (Chlieh et al., 2007)

Reste à prendre en compte le reste du mouvement (flèche jaune), c’est-à-dire à la composante tangentielle du vecteur mouvement de la plaque indo-australienne. Elle donne donne lieu à l’existence de grandes faille décrochantes sur l’île de Sumatra, parallèles à la zone de subduction. La faille de San Andreas est probablement la plus connue des failles décrochantes : elle laisse coulisser vers le Nord la plaque Pacifique le long de la plaque nord américaine. A Sumatra, la principale faille de décrochement est la grande faille de Sumatra qui court au centre de l’île. Cette faille est très proche de l’arc volcanique lié à la zone de subduction. La partie Sud-Ouest de la faille bouge vers le Nord-Ouest, c’est-à-dire que cela correspond au mouvement de la plaque qui n’est pas pris en charge par la subduction. D’autres failles de décrochements ont aussi été décrites en mer, elles-aussi parallèles à la zone de subduction.

La grande faille de Sumatra génère donc son propre facteur de risque qui s’ajoute à ceux déjà créés par les séismes liés à la zone de subduction et aux tsunamis qu’ils peuvent engendrer. Sans oublier de prendre en compte la présence de volcans très actifs, au Sud-Ouest et au niveau de la côte Sud des îles de Sumatra et de Java. La présence de ces volcans est directement liée à la zone de subduction (voir…. programme de TS).

Voici une carte des aléas sismiques pour l’Indonésie et la Malaisie qui montre le “mouvement maximal” que le sol est “susceptible” d’avoir s’il se produit un séisme durant les 50 prochaines années. Le “mouvement maximal” du sol est exprimé sous la forme d’une accélération, en %, comparée à l’accélération normale liée à la gravité. Le «susceptible» représente une probabilité de 10% que le sol bouge ainsi au cours des 50 prochaines années (carte créée avec les données de la base USGS).

obique-sub5

L’obliquité de la subduction dans la région de Sumatra n’est pas exceptionnelle. On observe aussi la présence de longues failles décrochantes au niveau d’autres zones de convergence oblique. Par exemple, les failles de Liquine-Ofqui et d’Antacama ont le même rôle que la grande faille de Sumatra dans le cas de la subduction du Chili. De même, au sud du Japon,  la «Median Tectonic Line» accommode le décrochement de la zone de subduction de Nankai.

Pour conclure, je citerais Guedj: “Dans la vie il faut choisir: compliqué et fréquent, ou bien simple et rare”.  Et paf!

images3

 

Advertisements

2 thoughts on “Dans la vraie vie…

  1. Je ne sais pas trop ce que tu entends par “ce phénomène”? Si tu parles de la subduction de la plaque indo-australienne, la réponse est oui. Mais c’est pas vraiment le sujet du post donc ça m’inquiète un peu 🙂 J’espère que c’est parce que tu l’as lu rapidement!

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s