Pas si vite!

On a l’habitude de dire que les séismes sont des phénomènes brefs durant de quelques secondes à quelques minutes. Mais on vous a menti ! (Probablement pas de manière intentionnelle, ce qui absout la faute en grande partie…). Les choses sont en réalité plus compliquées (où serait le fun sinon ?).

Les instruments de mesure ont beaucoup évolué depuis ces vingt dernières années. Ils sont maintenant capables de mesurer en continu de très faibles mouvements du sol pendant de longues périodes. Les scientifiques ont maintenant compris qu’il y avait plusieurs façons de libérer l’énergie accumulée le long d’une faille et que la durée de libération allait de la seconde au mois !

On définit ainsi 3 types de séismes et ces 3 catégories se produisent au niveau de la zone de subduction de Sumatra ! Encore un défi scientifique pour l’expédition 362!

Mais de quels types de séismes parle-t-on?

eq_type_timescales

1° cas : Les séismes “classiques”

Nous avons déjà parlé de ce type de séisme dans un post précédent (« Cherchez la faille »). La durée du séisme ira de quelques secondes pour une petite zone de rupture (entre quelques dizaines et quelques centaines de km2) à quelques minutes quand la zone de rupture est importante (entre quelques centaines et centaines de milliers de km2). La surface de rupture est à relier à la magnitude du séisme : plus celle-ci est importante, plus la durée de rupture est longue et plus la magnitude est importante. Ces séismes sont la conséquence d’une libération brusque des contraintes accumulées le long d’une faille. Ils peuvent conduire à la création d’un tsunami s’ils se produisent au niveau du plancher océanique. Le séisme de magnitude 9.2 de Sumatra (2004) et celui de Tohoku-Oki (2011) ont tous les deux provoqué la formation d’un tsunami mais ne peuvent cependant pas être qualifiés de “tsunami earthquakes” !! (c’est juste histoire de compliquer encore un peu les choses… pas marrant sinon !).

2° cas : Les “tsunami earthquakes”

Ordre de durée : quelques minutes. Ce type de séisme se produit au niveau des zones de subduction présentant un important prisme d’accrétion ou au niveau de l’interface entre les 2 plaques. La zone de subduction de Sumatra présente ces 2 caractéristiques. Pour ce type de séismes, les ondes se propagent à des vitesses nettement inférieures à celles des séismes classiques (typiquement de l’ordre de 1 km/s contre 2,5 à 3,5 km/s pour les séismes classiques). Ces vitesses de rupture lentes sont reliées à la propagation des ondes à travers des matériaux dits “faibles” (typiquement, des sédiments).  A partir du moment où le plancher océanique est mis en mouvement, il y a possibilité de déclencher un tsunami mais rappelons que les “tsunami earthquakes” ne sont pas les seuls à l’origine du déclenchement d’un tsunami. A perturbation équivalente du plancher océanique, ils présentent cependant d’avantage de risques de déclencher un tsunami que les séismes classiques. Un exemple récent d’un tel tsunami : celui de Pangandaran (Indonésie) de magnitude 7.7 en 2006.

3° cas : Les “slow slip events”

Ordre de durée : entre quelques jours et quelques mois. Ce type de séisme n’est pas perceptible par la population. Bien que lents, ils permettent de libérer des quantités phénoménales d’énergie, équivalent parfois l’équivalent d’un séisme “classique” de magnitude 6. Ils sont cependant encore assez mal compris. Ils ont été découverts grâce à l’utilisation de sismographes et de données GPS provenant de plusieurs zones de subduction dans le monde, notamment dans les Cascades (Colombie Britannique, Washington, Oregon, Californie du Nord) et dans la marge offshore de Nouvelle-Zélande d’Hikurangi. Deux prochaines missions d’IODP à bord du Joides Resolution vont essayer d’en savoir plus sur la façon dont se produisent ces événements, leur rôle dans le phénomène de subduction et quelles implications les hydrates de méthane pourraient avoir dans le phénomène de glissement.

Les expéditions 372 et 375 mettront le cap sur la marge offshore de Nouvelle-Zélande pour y trouver quelques réponses fin 2017-2018!

index

Advertisements

3 thoughts on “Pas si vite!

  1. Salut !
    J’ignorais l’existence des “slow slip events” ! Voilà un domaine de recherche passionnant qui va permettre de mieux mesurer les évacuations d’énergie mécanique et mieux prédire les séismes plus violents. Et le JR sera encore au cœur de cette recherche, bel hommage !
    J’avais déjà entendu parler des hydrates de méthane des fonds sous-marins mais j’ignorais qu’ils pouvaient influencer la subduction elle même. Ils étaient plutôt présentés dans les magazines scientifiques comme une ressource d’hydrocarbures inexploitable et une source de gaz à effet de serre menaçante à cause du réchauffement climatique.
    Merci pour toutes ces informations à la pointe de la recherche !

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s